• Ce long chemin vers l'acceptation de la césarienne

    Aujourd'hui, j'avais envie de republier un article que j'avais écrit pour mon ancien blog. J'avais mis 11 mois à réussir à exprimer mon ressenti à propos de la césarienne qui a fait naître Little J.

    Des mois que j'avais cet article en brouillon, avec le titre "bien vivre sa césarienne". Et puis finalement, j'ai compris que ce qu'on pensait parfois avoir bien vécu était parfois un mensonge à soi-même, et que quoi qu'il en soit, la césarienne restait pour moi plus une opération que MON accouchement...

    Pour tant, je ne l'ai pas "si mal" vécue, cette césarienne. Même si ce n'était pas l'accouchement rêvé, ç'aurait pu être bien pire !

    Ce long chemin vers l'acceptation de la césarienne

    Remise en situation...

    Depuis l'échographie des 32 SA, je savais que j'avais de très grandes chances d'accoucher par césarienne, pour cause de bébé de tout petit poids ET en siège (ouais, on aime bien cumuler, chez nous). Risque que le bébé souffre car pas assez de forces, et un accouchement en siège doit aller vite, blablabla, vous connaissez la chanson. Césarienne programmée le 6 septembre dans la clinique où j'étais suivie, laquelle présente un taux de césarienne de l'ordre de 30 % quand la moyenne nationale est de 20%, juste pour info...

    11 août, scénario catastrophe, un bébé qui n'a pris que 100 grammes en près d'un mois, qui fait environ 1,400 kg à 35 SA. Et détection d'une prééclampsie. J'entre à la clinique pour des examens. On me prépare doucement à ce que mon bébé naisse par césarienne très bientôt et qu'il aille en néonat. Mais surtout, on me transfère dans une maternité de niveau III, vu "mon cas".

    Après une journée passée entre les mains des échographistes , sages-femmes et gynécos, je suis reçue en entretien par une obstétricienne qui a été parfaite sur le plan des explications. On m'a expliqué que oui, j'avais de grandes chances qu'on me fasse accoucher dans les deux jours qui suivaient, que oui, j'avais de grandes chances d'avoir une césarienne, mais que dans cette maternité, on savait que la césarienne était une opération avec des risques et des séquelles, et qu'on ferait TOUT pour que je puisse accoucher par voie basse si les conditions le permettaient.

     

    Ce qui m'a aidée à mieux la vivre

    Au final, l'issue fut celle qui était prévue : j'ai bien eu une césarienne, car mon petit loup est resté en siège, et surtout, le travail n'avait pas du tout commencé, mon col était long, fermé... Bref, pas l'idéal. (Le comble quand tu as été hospitalisée 5 jours un mois plus tôt pour menace d'accouchement prématuré et col raccourci... hum hum).

    Mais l'équipe a été super, car on m'a proposé un traitement homéopathique ainsi que de l'acupuncture pour essayer de déclencher le travail. J'ai ainsi eu l'impression qu'on "tentait le tout pour le tout", sans pour autant prendre de risques. Quand le couperet est tombé, je savais que mon corps n'était pas prêt pour accoucher, et que la césarienne était la solution la plus sûre pour nous, et non la plus confortable pour les médecins.

    Le fait d'avoir été préparée à cette issue pendant plusieurs semaines auparavant m'a aussi permis d'accepter la situation en douceur, contrairement aux femmes qui vivent une césarienne dans l'urgence. Avoir des complications a été ma "chance", au fond, car j'étais préparée psychologiquement. On parle vraiment trop peu de la césarienne aux mamans, alors qu'elle concerne quand même une naissance sur 5 !!!

    Le papa a pu être à mes côtés pendant l'opération, on a posé la joue de mon bébé contre la mienne, l'obstétricienne plaisantait... Au final, c'était un beau moment, plein d'émotion.

    Après coup, je me suis remise assez vite physiquement. Je n'ai pas eu de complications, ma cicatrisation a été rapide. Et j'avais l'impression de très bien accepter la situation. Mais la réalité, c'est que je souffrais tellement de la séparation d'avec mon fils, parti en néonat, et je me focalisais tellement sur lui, que j'ai occulté la césarienne.

     

    Les conséquences physiques...

    Même si les suites d'un accouchement "normal" peuvent être douloureuses et compliquées, les conséquences d'une césarienne sont quand même, je crois, d'un autre niveau. Voilà qui peut faire flipper, mais il vaut mieux le savoir pour prendre les devants en terme d'organisation, si on sait qu'on a des risques de césarienne.

    Déjà, il faut rester alitée 24h après l'opération. Ensuite, on peut se lever, mais clairement, aller faire pipi relève du marathon : les premiers jours, le lever du matin générait chez moi petit malaise et baisse de tension tant c'était douloureux et fatiguant de me lever. Vous avez le ventre complètement endolori, c'est très douloureux quand les soignants le touchent, tous les mouvements qui sollicitent les abdominaux sont une torture.

    La néonat étant dans un autre bâtiment, j'y suis allée en chaise roulante pendant mes 5 jours d'hospitalisation. Et je peux vous dire la moindre bosse au sol, la moindre petite secousse vous donne envie de césariser la personne qui vous pousse.Il était pour moi très pénible d'être debout près de la couveuse (couveuses qui ne se baissent pas à la hauteur d'une femme en fauteuil alors que bon nombre des prémas sont nés de mamans césarisées...vas-y, souffre encore un peu plus, ahaha *rire machiavélique*).

    Les douleurs abdominales "continues" ont duré une bonne semaine, mais il aura fallu un bon mois pour ne plus avoir mal quand je passais de la station allongée à assise ou assise à debout. De plus, avoir son bébé sur soi alors qu'on est assise n'est pas non plus très confortable pour le ventre...

    Côté allaitement, ça donne une montée de lait qui tarde à venir, ce qui contribue un peu plus à la dévalorisation de soi qu'on peut avoir, quand on n'a déjà pas pu (dans notre tête on dit "pas su") accoucher par voie basse.

    Ensuite, il ne faut pas porter plus lourd que le poids de son bébé pendant 2 mois, et là, les infirmières sont formelles : on risque une éventration si on n'obéit pas. De même, attendre au moins 8 à 10 semaines pour reprendre une quelconque activité physique.

    Et conséquence à long terme : il est très fortement déconseillé de retenter une grossesse avant une année (risque de rupture de la cicatrice, oui, c'est chic, c'est glamour). En revanche, le gros point positif, c'est que désormais, il est tout à fait possible d'avoir un accouchement voie basse pour une seconde grossesse.

    Dans les points positifs, j'ajouterais un périnée qui a peu souffert, et une zone fatidique restée intacte, permettant de se retrouver peut-être plus rapidement sur le plan du couple.

    Mais après tout ça,  je peux vous dire que jamais, mais alors jamais, je ne cautionnerai la césarienne de convenance. Parce que ce que je viens de lister, c'est "quand tout se passe bien".

    Je pense que savoir tout ça permet aussi de comprendre pourquoi on ne fait pas systématiquement une césarienne à une maman qui a fait une fausse couche/IMG, etc. Je crois qu'on ne peut pas infliger ça par principe à une femme qui connaît déjà la douleur de la perte d'un enfant et qui aurait, en plus d'une marque dans sa chair et d'une douleur physique assez durable, l'interdiction de refaire un bébé avant un an. Vous ne trouvez pas ?

     

    Vivre avec...

    Clairement, une fois votre bébé avec vous et les douleurs passées, je ne pense pas que la césarienne affecte le lien mère-enfant. On l'oublie un peu, cette opération. Ce qui reste, c'est juste l'impression de ne pas avoir accouché. Votre enfant est là, il est bien né, mais vous n'avez pas accouché, vous ne savez pas ce que c'est que d'accoucher, vous avez été "spectatrice" de sa naissance.

    L'accepter demande un gros travail sur soi. Je trouve que ça constitue un gros manque, une grosse faille, dans la construction de son identité de mère. Mais ainsi va la vie, il faut se dire que sans la césarienne, ni lui ni vous ne seriez peut-être là pour en parler... Voilà qui aide à relativiser...

    Le plus dur à gérer sera peut-être de devoir se préparer à nouveau, et peut-être de devoir accepter à nouveau la situation pour une seconde naissance. Mais cela, seul l'avenir nous le dira !

    « Montre moi, je ne comprends pas !Petits bouts de laine : tricot & prématurité »

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  • Commentaires

    1
    Lundi 10 Février 2014 à 12:26

    je pense que ton témoignage pourra aider et rassurer beaucoup de mamans qui sont/doivent passer par là, j'ai accouché par voie basse (avec ventouse et belle épisio...) mais j'ai failli avoir une césarienne d'urgence car bébé ne s'engageait pas dans le bassin. Et franchement, j'ai flippé, je voulais tout sauf ça, ce n'est pas tant l'acte en lui même qui me dérangeait mais de devoir déjà être toute seule (car le mari n'était pas accepté pour les césariennes) et qu'on m'enlève de suite ma fille, je voulais pouvoir la garder tout près de moi, je sais que je l'aurais très mal vécu. Heureusement j'ai une équipe à l'écoute et ils ont tout fait pour pas qu'on ne passe par là et j'ai pu avoir ma petite puce serrée tout contre moi pendant trois heures, le bonheur à l'état pur même si ce fut un accouchement éprouvant et douloureux (par la suite...je me suis mal remise de mon épisio et ai eu quelques complications, ça reste une plaie dans les deux sens du terme..). 


    Je ne comprends pas non plus les personnes qui demandent des césariennes de confort, c'est quand même tout sauf confortable. Ma voisine de chambre a eu une césarienne en urgence et elle l'a très mal vécu, elle s'en est très vite remise physiquement mais moralement c'était beaucoup plus dur.


    J'espère que tu pourras avoir un accouchement par voie basse pour ton prochain bébé (si cela est prévu).

    2
    Lauriane
    Lundi 10 Février 2014 à 18:12
    Bonsoir,

    Je te rejoins vraiment dans ton témoignage aillant vécu une césarienne en urgence!
    Ce qui est le plus dure au final ce n est pas la cicatrice ni la douleur mais c est surtout une séparation bien trop rapide et m impression de ne pas avoir accouché !
    J hésite également pour un 2 eme car je ne veux pas revivre la même chose ...bon courage a toi
    3
    Mercredi 12 Février 2014 à 17:15

    Ahhh la césarienne! Je connais ça j'en ai eu deux!

    La 1ère parce que mon col ne s'est pas assez ouvert et que ça commencait à faire long depuis la perte des eaux et une deuxième (programmée) car fissure de la poche des eaux à 24 semaines (allongée dans une maternité de niveau3 pendant 3 mois et demi) et en plus bébé en siège.

    Pour mon premier j'ai été déçue de ne pas avoir accouché "normalement" et pour mon 2ème, on aurait pu m'accoucher de n'importe quelle manière, le plus important pour moi était que mon bébé aille bien après tant de galères!

    Chacune vit sa césarienne différemment mais je trouve super de partager nos expériences car cela permet de répondre aux questions ou craintes de mamans qui risquent d'avoir une césarienne ou en ont une de programmée. De mon côté la douleur ne m'a pas marqué ou alors j'oublie vite et c'est mieux comme ça car si je lance le numéro 3 on m'a prévenu que ce serait forcément une césarienne et je me suis faite à l'dée, je me dis que le plus important  ce n'est pas comment ils naissent mais qu'ils soient en bonne santé tout simplement.

    Je te souhaite quand même un bel accouchement par voie basse et surtout un bébé en pleine forme!

    Julie

    4
    Jeudi 13 Février 2014 à 08:48

    Merci à toutes les 3 pour vos témoignages ! 

    5
    Jeudi 8 Mai 2014 à 23:52
    Madame Renard

    Comme je me retrouve dans ton récit... Sans la partie néonat' pour ma part. 
    On banalise tellement la césarienne.. et pourtant c'est un acte chirurgical important, générant des douleurs et des complications parfois graves. Il m'a fallu un gros mois pour récupérer de ma césarienne. Je suis tombée dans les pommes dans ma douche à la mat', je suis sortie en chaise roulante. Je ne savais pas porter ma fille pour m'en occuper pendant des semaines...

    Et quel sentiment d'échec aussi.. 

    C'est très difficile d'être mère sans avoir accouché. Sans avoir même connu ce qu'est le travail. On se sent moins légitime. 

    Je sais qu'encore aujourd'hui j'évite le sujet quand une future maman pose des questions sur l'accouchement etc, je reste en retrait. Car je ne sais pas ce que c'est les vraies contractions, la douleur que c'est, la perte de eaux etc... 

    Bref. C'est très dur sur le long terme à accepter et on est très mal accompagné dans ce travail..

    6
    Dimanche 11 Mai 2014 à 10:29

    @ mme renard : je te souhaite de vivre une deuxième grossesse qui te permette de mieux accepter tout cela. Pour ma part, ma 2e césarienne, qui a eu lieu il y a 15 jours, a changé beaucoup de choses, j'en parlerai ici très bientôt !

    En tout cas, il est clair que les professionnels ont du boulot pour mieux accompagner les mamans césarisées !

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