• Love makes a house a home

    Cadre de gauche home-made, cadre de droite by Tangerinette, agrémenté de lettres de jeux.

     

    Le mercredi, je me lève alors que les enfants dorment encore. Monsieur mon chéri s'apprête à enfiler son paletot pour aller travailler, et moi j'écoute le silence de notre maison qui ronronne.

    Prendre un café, une douche rapide, sauter dans des vêtements confortables : voilà qui me met de la meilleure humeur qui soit pour cueillir mes amours au sortir de leurs rêves.

    Chaque mercredi, j'ai l'impression d'être maman au foyer. Mon esprit est là, avec eux, pour eux. Mon humeur, quand elle est maussade, est contagieuse. Alors je tâche de laisser au placard la course folle des lundi, mardi, jeudi et vendredi.

    Ces milieux de semaines sont des bulles d'amour. Ils sont le royaume des brioches au chocolat, des gros câlins, des bains avec plein de mousse et tous les jouets, des Disney pour le grand pendant que la petite fait la sieste. Parfois, au gré de la météo, on se paie la fantaisie d'une heure au Jardin Public où a été installé un super nouveau toboggan ou d'un goûter au Quick.

    Ô, bien sûr, il y a bien des colères qui montent parfois un peu trop vite, il y a des refus de siestes, des poussées dentaires, et une crise du non qui nous casse souvent les pieds. Mais être parent c'est aussi se dire que nos petits quitteront un jour le nid et que c'est là, maintenant, tout de suite, qu'il nous faut faire preuve de patience et de disponibilité.

    Love makes a house a home

    Lanterne et plantes artificielles : Action

     

    Love makes a house a home 

    Boîte à musique (à effet hypnotisant sur l'Hirondelle) : Mademoiselle & Ribambelle by Moulin Roty

     

    Le ménage se défait bien plus vite qu'il ne se fait. La pile de papiers à trier grandit de jour en jour et sa croissance semble proportionnelle au nombre de jouets qui jonchent le sol. Les accessoires déco côtoient les boîtes à musique, qui font patienter des enfants trop fatigués, et un babyphone qui certains soirs se déclenche un peu trop souvent à notre gout.

    Le quotidien nous broie un peu, la semaine.

    Jeudi arrive toujours trop vite, mais déjà se profile un week-end en famille, avec son lot d'après-midis pluvieux casaniers et de dimanches pyjamas. Avec son lot des lessives et de coups d'aspirateurs aussi, mais chut, la légende dit que ce sont les lutins qui s'en chargent.


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  • Le traumatisme originel

    Marie-Thérèse

     

     

    Ma mère...

    Quand on me demande de parler de ma mère, quand je la décris, le principal trait de caractère qui me vient à l'esprit la concernant est l'angoisse. J'ai longtemps été énervée contre elle quand, à l'annonce d'un quelconque événement, elle imaginait d'abord le pire avant de se réjouir.

    Ma mère entend parler d'un accident de voiture à la radio, elle ne peut pas s'empêcher de penser que c'est peut-être moi qui suis morte. Quand je lui ai annoncé ma seconde grossesse, elle ne m'a pas félicitée, elle n'a pas exprimé sa joie, elle s'est tout de suite inquiétée du fait que nous venions d'annoncer un déménagement futur, et que sa date coïnciderait avec la fin de ma grossesse. Quand je préparais mon mariage et que je projetais de fabriquer ma robe en modifiant une robe ancienne, je lisais chaque jour le stress sur son visage quand elle me demandait : « Tu crois que tu vas y arriver ? »

    Ma mère est comme cela. Je ne peux rien y faire, c'est sa façon de réagir face aux événements. Elle a peur qu'il nous arrive quelque chose en permanence, elle a peur que les enfants tombent quand ils font l'acrobate, elle a peur de demander un renseignement à la vendeuse dans un magasin, elle a peur du regard des autres, peur d'avoir l'air bête, peur de se tromper, peur de regretter, elle a peur. Et moi, souvent, je lui en voulais. Je lui en voulais d'avoir peur de tout, tout le temps.

     

    Une histoire de filles

    Pendant ma seconde grossesse, j'ai discuté avec une psychologue de mon vécu lors de la naissance prématurée de mon premier bébé, du traumatisme qu'ont représenté pour moi la séparation dès sa venue au monde et son hospitalisation. Au fil des séances, nous en sommes venues à discuter de ma famille, de mon rapport à mes parents, notamment à ma mère, de mon enfance, de la façon dont j'ai été élevée. Ce travail a déclenché un véritable tsunami émotionnel en moi, mais il m'a beaucoup fait avancer. Reparler du mutisme sélectif dont j'ai souffert de mon entrée à l'école jusqu'à mes 7 ou 8 ans (je l'aborderai ici un jour) m'a gênée, mais j'ai compris que les angoisses de ma mère sont sans doute entrées en jeu dans cette première grande séparation, alors que, déjà un peu timide, je découvrais l'école, je changeais de nounou et j'accueillais une première petite sœur au sein du cocon familial. J'ai aussi pu verbaliser ce que je savais inconsciemment, ma mère nous avait beaucoup culpabilisées mes sœurs et moi, au fil de notre enfance et de notre adolescence.

    Et puis, les entretiens avec cette psychologue m'ont fait remonter les générations. S'est alors expliquée ma joie lorsque j'ai su que mon premier enfant était un garçon. En effet, je suis issue d'une fratrie de trois sœurs. Ma mère quant à elle n'a qu'une seule sœur. Ma grand-mère et ses filles ont une relation plutôt fusionnelle. D'ailleurs, des voisins de ma mère lorsqu'elle était jeune parlaient de « Madame F. et ses filles », presque comme d'une seule entité. Ma mère et ma tante ont été élevées dans le même contexte de peur. Ma mamie avait peur de beaucoup de choses, et d'ailleurs, du haut de ses 81 ans, elles se demande encore souvent ce que les gens vont penser, elle n'ose pas faire ci ou ça. Ma mère a ainsi reproduit cette crainte maternelle envers ses filles, sans le vouloir. Elle a aussi fait peser, sans s'en rendre compte, le poids de cette relation fusionnelle avec sa propre mère sur mes sœurs et moi : nous sentions bien qu'elle voulait reproduire cette relation idéalisée où les filles appellent leur mère tous les jours, où elles lui disent tout. Attendre un garçon représentait pour moi la rupture. Je sortais de ce cercle vicieux. En ayant un garçon, je repartais sur de nouvelles bases, je sortais de cette histoire de filles. J'écrivais mon histoire à moi, j'étais libérée de ce qui m'avait beaucoup pesé dans ma jeunesse.

    Ma seconde grossesse est arrivée à son terme, la naissance s'est bien passée, avoir une fille ne me posait pas de problème, je me sentais délivrée de mon histoire familiale. Bref, je n'ai pas poursuivi les rendez-vous avec la psychologue.

     

    Oui mais...

    Pendant des semaines, ma relation à ma mère, la question de la culpabilisation que j'avais subie, ses angoisses permanentes me revenaient sans cesse en tête. Une histoire un peu compliquée impliquant ma mère est venue renforcer ce malaise. Il fallait que je prenne le taureau par les cornes. Je savais que pour me construire en tant que maman, régler les conflits mêmes implicites avec ma mère étaient nécessaire. J'ai donc entrepris de prendre soin de l'enfant qui était en moi, de guérir mes blessures passées pour aller mieux dans ma relation à mes enfants.

    Tout ce cheminement a abouti à une espèce de « confrontation » où ma mère et moi avons mis cartes sur table. Sans trop nous énerver, nous avons énoncé nos reproches mutuels, puis nous avons discuté. J'ai notamment questionné ma mère sur sa relation à sa propre mère. Elle m'a elle même dit que ma mamie avait toujours eu peur de tout, qu'elle avait été élevée comme cela. « Tu comprends, mamie aussi a été élevée comme ça. Mémère (mon arrière grand-mère donc) ne s'est jamais remise de la mort de Marie-Thérèse, après cela elle a toujours été triste, et elle avait tout le temps peur qu'il arrive quelque chose. »

     

    Marie-Thérèse, la clé de voûte

    Comment suis-je passée à côté de cela ? C'était comme le nez au milieu de la figure. Depuis que je suis petite, on me raconte l'histoire de Marie-Thérèse.

    Marie-Thérèse était la sœur aînée de ma mamie. Une petite fille assez frêle et au regard souvent triste sur le peu de photos qu''il reste d'elle enfant. Alors qu'elle avait sept ou huit ans (ma mamie était encore bébé), Marie-Thérèse est partie en vacances à la mer avec un oncle et une tante. Au beau milieu du séjour, l'oncle en question vint frapper à la porte de mes arrières-grands-parents, un soir : Marie-Thérèse était morte. Elle avait eu subitement une forte fièvre et y avait succombé. Le médecin diagnostiquera une fièvre scarlatine non détectée : Marie-Thérèse avait pris froid, les boutons n'étaient pas sortis, et elle avait alors été foudroyée par la maladie. On me raconte souvent qu'à partir de ce jour, mon arrière grand-mère, Alyse, n'a plus jamais souri, et que le choc fut tel qu'elle perdit une grande partie de son audition. Ma mamie, alors bébé, fut élevée dans l'ombre du fantôme de Marie-Thérèse, dans la peur qu'il arrive quelque chose.

    Je me rappelle les après-midis de mon enfance où mamie ressortait les vieilles photos. Chaque fois, nous retombions sur la dernière photo de Marie-Thérèse, prise par ses oncle et tante à la mer, juste avant sa mort. Je revois ce cliché en noir et blanc sur lequel se tient une petite fille au visage triste, aux cheveux courts, aux jambes maigres, aux genoux saillants...

    Cette petite fille décédée dans les années 1930 a dicté par son triste sort, sans le savoir, le schéma éducatif des trois générations de filles qui l'ont suivie. Je venais de comprendre où se trouvait le "traumatisme originel", en quelque sorte, la raison pour laquelle j'avais été élevée dans ce climat d'angoisses.

     

    Et aujourd'hui...

    Maintenant que tout est plus clair, l'épisode de ma scarlatine quand j'étais à l'école primaire et le visage décomposé de mes proches à cette annonce prennent tout leur sens. La réaction démesurée de ma mère lorsque j'ai eu l'appendicite et l'impression que j'étais à l'article de la mort lue dans son regard y trouvent peut-être aussi leur explication. La fille aînée hospitalisée d'urgence : écho inconscient à l'histoire familiale ?

    J'avais déjà entendu parler de thérapies basées sur la généalogie, en cas de secrets de famille notamment. C'est un peu le même processus que j'ai suivi à tâtons, en trouvant une explication au tempérament anxieux des mères de ma famille dans le triste sort de mes ancêtres.

    Marie-Thérèse, tu es la clé de voûte des liens mère-fille chez nous, et je ne te regarderai plus jamais de la même façon. Ton histoire et ses répercussions inconscientes chez les femmes de ma lignée me rendent désormais beaucoup plus indulgente envers ma mère. Ma colère et mon agacement contre celle qui m'a élevée se sont aujourd'hui calmées, parce que j'ai compris qu'elle aussi avait été victime de ce traumatisme originel - sans en avoir conscience je pense - qu'elle avait dû grandir avec, et que son statut de maman s'était construit avec cette histoire dans ses bagages...

     

    Marie-Thérèse, laisse-moi déposer le traumatisme de ta mort sur le bord du chemin...


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  • Je vous avais parlé du passage au lit de grand pour Little J ici (et il n'était pas prêt), puis rapidement ici (DIY pour fabriquer à moindre coût un lit évolutif).

    Ayant eu plusieurs questions à ce sujet, je me suis dit que ce serait bien de faire un point.

    DIY : un lit de presque grand pour presque rien !

     

    Nous avons pris la décision de passer Little J en lit de grand vers le mois de mars dernier. Il avait alors 19 mois.

    Plusieurs paramètres nous ont fait sauter le pas :

    - l'arrivée prévue de la petite sœur (qui devait naître en mai) et l'idée de récupérer le lit de bébé pour elle (on trouvait cela dommage de racheter un lit à barreaux pour quelques mois)

     - le fait que Little J manifestait son envie de se lever à 6h du matin par des hurlements stridents et que la cloison entre notre étage et celui des voisins était très fine (j'entendais, entre autres, le réveil de la voisine, c'est dire !)... On s'est dit qu'ils devaient nous détester à force d'entendre hurler tous les matins aux aurores. De plus, Little J était capable de jouer tout seul dans sa chambre une fois sorti du lit. Alors on s'est dit "pourquoi pas..."

    - notre déménagement était prévu pour avril. On voulait tenter le passage au lit de grand avant tous les chamboulements (nouvelle maison, arrivée de la petite sœur...), pendant qu'il était encore dans un environnement qu'il connaissait bien et que nous avions suffisamment de temps encore pour gérer les quelques jours de transition sereinement.

     

    Et la transition s'est en effet faite sereinement. Peut-être parce que nous parlons énormément à notre enfant. Peut-être juste parce qu'il a une bonne capacité d'adaptation, allez savoir.

    J'ai acheté le lit seule, l'ai bidouillé comme expliqué dans le DIY, mais je l'ai installé dans le séjour le premier jour en lui expliquant que ça serait bientôt son lit, et en le laissant s'entraîner à monter et descendre seul pour voir comment il gérait. Cela semblait beaucoup l'amuser, il montait, se couchait, disait "dodo", puis redescendait en riant.

    Je crois qu'on l'a installé dans sa chambre le premier soir, avec lui. En lui expliquant à nouveau qu'on enlevait le lit de bébé, qu'il était un grand garçon, mais que même s'il pouvait descendre seul, il fallait faire dodo. On a continué à utilisé des gigoteuses en revanche car il ne savait pas encore remettre sa couverture seul.

    Je ne vais pas vous mentir, les premiers soirs, il a un peu lutté, s'est relevé dix fois. On a été "sauvés" par le fait qu'il ne savait pas ouvrir sa porte de chambre, du fait il ne se promenait pas dans les autres pièces. Il faut quelques temps pour mettre en place de nouveaux rituels, c'est certain. Une fois, il s'est même endormi derrière sa porte, par terre, et on a carrément galéré à ouvrir la porte doucement pour le pousser sans le réveiller.

    Puis après, c'est allé par périodes, il y a eu des soirs de lutte comme il y a eu des soirs où il s'est endormi sans rien dire. En même temps, c'était pareil dans le lit à barreaux. Ce n'est pas nécessairement le lit qui est en question.

    Aujourd'hui, après plusieurs mois, un déménagement et une petite sœur, le coucher se passe très sereinement. Une histoire, un câlin, extinction des feux, et dodo.

    Quelques détails techniques : Le fait que le lit ait des barrières est très utile chez nous, car notre petit loup dort en boule, généralement dans le coin du lit. Autant dire qu'il serait sûrement tombé si on avait utilisé un lit de grand "normal". Pour l'instant, c'est un lit de transition parfait. Mais ça reste un lit de bébé traficoté, donc pas très grand (60 x 140 cm). Il répond aux besoins d'autonomie de notre loulou, mais nous ferons sans doute l'acquisition d'un vrai lit de petit garçon d'ici un an ou deux pour des questions de taille (parce que pour le coup, notre préma qui faisait 41 cm à la naissance en fait 90 à 2 ans...).


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  • Cet article aurait pu s'intituler "Six semaines pour t'aimer". Mais mon cœur de maman s'est ravisé, car je t'aimais déjà, avant même de t'avoir dans mes bras.

    Pourtant, toi et moi, ça n'a pas été si évident.

    Six semaines pour s'apprivoiser

    Quand ton frère est né il y a presque deux ans, et qu'il a été arraché à moi pour être hospitalisé quatre semaines, la douleur a été terrible pour ton père et moi, le chamboulement émotionnel, inimaginable. J'ai cru que cette séparation brutale alors que je devenais maman pour la première fois avait amputé ce lien mère-enfant de quelque chose d'essentiel en nous empêchant de vivre ces premiers instants comme tout un chacun.

    Avec ton arrivée, j'ai compris que ce n'était pas si simple, que même lorsqu'une naissance se passait bien, le lien entre une maman et son bébé n'était pas pour autant plus fort ou plus immédiat. Et ce encore plus pour un deuxième enfant.

    Toi, ma petite hirondelle, tu es arrivée alors que depuis 20 mois, j'avais créé un lien très intense avec ton frère. Frère dont l'arrivée dans ce monde s'était faite dans le fracas, l'épreuve et la peur. J'ai compris a posteriori que le passage par la néonat avait peut-être décuplé la force du lien qui nous unit, ton crapaud de grand frère et moi. Un lien si intense en fait...

    Mon hirondelle. Tu es arrivée dans la sérénité, tu as fait notre printemps. Quand je t'ai vue, une jolie vague d'émotion a traversé tout mon être. J'aurais tellement aimé croiser le regard de ton papa à cet instant, mais le protocole du bloc opératoire ne permettait pas sa présence.

    Très vite, nous nous sommes retrouvées toutes les deux, en tête à tête, dans notre chambre de maternité, alors que ton papa devait gérer la garde du grand frère, son boulot, et toute la logistique qui entoure une naissance. J'ai alors été complètement déstabilisée d'être face à un petit être dont j'avais tout à apprendre.

    L'amour que j'éprouve pour ton frère s'est nourri des vingt mois passés à vivre ensemble. Et toi, tu étais là, me mettant face au précipice d'une table rase relationnelle, d'un lien à construire de zéro (ou presque, si l'on tient compte des neuf mois passés à projeter ce bébé qui remuait dans mon ventre). On dit que l'amour pour ses enfants ne se divise pas, qu'il se multiplie, et que le cœur d'une maman grandit à chaque naissance. On oublie seulement de préciser que ce n'est pas instantané.

    Alors oui, j'ai eu le blues de ne pas ressentir immédiatement un immense élan d'amour, alors que je t'avais auprès de moi, contrairement à ton frère lors de sa venue au monde. J'ai culpabilisé, beaucoup. Tout se passait le mieux du monde, et pourtant, j'étais mal. J'ai aussi eu le blues de me dire que je propulsais peut-être un peu trop vite mon premier bébé vers l'enfance en lui imposant une petite sœur.

    Au quatrième jour, notre vie à quatre a commencé à la maison. A la faveur d'un allaitement qui fonctionnait bien et de temps passé à te serrer contre moi, après six semaines, j'ai accueilli en mon cœur cet énorme élan d'amour que j'attendais tant.

    Six semaines pour me prendre en pleine face cette révélation que je t'aime du plus profond de mon être. 

    Six semaines pour te trouver incroyablement belle et être parcourue de frissons à la simple intensité de ton regard.

    Six semaines pour comprendre que les choses étaient allées aussi vite à ta naissance qu'elles furent longues pour celle de ton frère et que le tourbillon d'émotions était presque le même.

    Six semaines pour lâcher prise et m'autoriser à introduire quelques biberons, parce que non, l'allaitement n'est pas là pour réparer ma culpabilité des premières semaines ; parce que oui, j'ai le droit de prendre du temps pour moi et de passer le relais à ton papa.

    Six semaines pour gagner en sérénité et en confiance, comme si ç'avait été une première fois.

    Et puis, il y a quelques jours, comme si les tensions s'étaient envolées, comme si tu me remerciais d'être moins exigeante avec moi-même, tu m'as fait cette belle surprise de m'offrir tes premiers sourires.


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  • Petite ôde à toutes ces femmes qui conçoivent, portent et mettent au monde un enfant. A celles aussi qui ne peuvent pas passer par l'une de ces étapes, qui doivent recourir à la médecine, qui doivent faire des deuils, ou encore prendre sous leur aile l'enfant biologique de quelqu'un d'autre.

    Les mamans

    C'est tellement difficile de définir une maman: les critères biologiques sont ma foi très réducteurs. Peut-être que ça se mesure à la taille du cœur, une mère ?

    Avoir des enfants nous emporte dans un tourbillon d'amour. Un tourbillon de responsabilités et d'angoisses aussi. Protéger ses petits, avoir peur de la mort, faire passer ses propres besoins en dernier, autant d'instincts primaires que fait resurgir la maternité. On ne le comprend pas tant qu'on n'a pas eu d'enfant. On l'imagine peut-être mais on ne le saisit pas dans sa profondeur.

    Nous tous et toutes, autant que nous sommes, avons également une maman...

    Devenir mère nous ramène indiscutablement à notre rapport à notre maman, relation complexe s'il en est.

    Dans mon cas, cette relation que je croyais paisible s'est avérée fort tumultueuse dès la fin de mon adolescence. Voilà qui ne m'empêche pas de l'aimer et de savoir qu'elle a fait ce qu'elle pensait être le meilleur pour ses enfants. Même si elle croit à tort que je pense qu'elle fut une mauvaise mère. 

    Devenant moi-même maman pour la seconde fois cette année, j'ai pu, grâce à un peu d'aide, démêler les fils de cette histoire entre ma mère et moi. Je ne saurais pas en parler avec elle, je sais d'avance qu'on irait droit dans le mur du dialogue de sourdes, mais j'ai pu poser des mots sur des (re)sentiments que je porte en moi depuis ma tendre enfance. Des histoires d'angoisses, de séparations, de choix de vie, de reproduction de schémas familiaux, de culpabilités. J'ai dû apprendre à la désacraliser, à la voir comme une femme comme les autres, qui elle aussi emportait un bagage en chemin. J'ai dû apprendre à me déculpabiliser, à arrêter d'espérer pouvoir la changer un jour et à la prendre comme elle est. Même si je trouve qu'elle s'autoflagelle, qu'elle entend mais refuse d'écouter, qu'elle devrait vivre en tant que femme et non exclusivement en tant que mère.

    Devenir parent, ou le difficile travail qui consiste à accepter de tuer symboliquement les figures parentales qui nous ont élevé(e)s, pour construire notre propre identité de maman ou de papa...Il y aurait tant à en dire ! J'ai parfois si peur de la façon dont me verront mes propres enfants dans vingt ans...

     


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