• La cour des miracles

    La cour des miracles

     

    Je connais peu mes voisins. J'ai même parfois tendance à les éviter, à fermer la porte un peu rapidement quand je rentre à la maison, pour échapper aux bonjour-bonsoir et aux banalités qu'on échange autour de la météo. Avouez, vous le faites aussi, non ?

    Nous habitons la même rue depuis trois ans, et jusqu'alors, nous n'avions jamais participé à la fête des voisins. Soit nous avions autre chose de prévu, soit il tombait des cordes, soit nous avions complètement zappé ce rendez-vous.

    Cette année, l'invitation reçue en bonne et due forme nous a donné envie d'y prendre part. Après tout, le côté auberge espagnole sur la petite place en face de chez nous augurait une soirée sympathique. Atypique, mais sympathique.

    Parmi mes voisins, il y a des religieuses. Vêtues d'habits bleus taillés dans une toile rude, les petites sœurs vivent de la mendicité. Leur monastère a vu le jour dans la rue il y a cinq ou six ans, elles font partie du paysage du quartier, mais je ne leur avais jamais parlé.

    À côté du monastère vit une famille catholique très traditionnelle. Un petit côté "Le Quesnoy" dans La Vie est un long fleuve tranquille. Cols Claudine, chemises blanches bien repassées, cheveux bien peignés, mais surtout des gens très chaleureux, souriants et sociables.

    Et puis, parmi mes voisins, j'ai découvert des personnes qui collent bien plus à la réputation du quartier : des enfants, venus sans leurs parents, issus de famille défavorisées et/ou d'immigrés, des gens un peu paumés, d'anciens délinquants...

    Non, mon quartier n'a pas bonne réputation. C'est un quartier historiquement populaire, celui des anciens bateliers, où ont été construits depuis de nombreux logements sociaux, à proximité de la prison, et où stationnent régulièrement les gens du voyage. Tout une population qui n'attire habituellement pas les sympathies.

    Pourtant, vendredi soir, nous étions tous à la même table. La place fourmillait d'enfants qui accueillaient les nouveaux arrivants. Chacun avait ramené quelque chose à manger et à partager.

    Quelles que soient nos convictions, nos origines, nous nous sommes appelés par nos prénoms et avons fait connaissance. Ironie de la situation, mon mari, éducateur, s'est retrouvé assis aux côtés d'un jeune un peu paumé qui était passé par la justice quelques années plus tôt. Sans laisser la place aux préjugés, nous avons pu passer une excellente soirée, avec des gens que nous n'aurions sans doute jamais côtoyés en temps normal.

    Au milieu de cette place aux allures de cour des miracles, de cette mixité sociale presque improbable, au son des airs de trompette et de flûte traversière, il y avait des voisins souriants, de bons gâteaux, des processions d'enfants qui, tartes à la main, emboîtaient le pas aux sœurs sur Y a de la joie, et surtout, il y avait de l'humain, beaucoup d'humain.

    N'est-il pas là, au fond, le miracle?

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 29 Mai 2014 à 14:51

    Sympathique...


    Nous c'est le 14 juillet qu'a lieu le repass républicain sur la petite place du quartier. Je n'y suis jamais encore allée...


    peut-être cette année?

    2
    Jeudi 29 Mai 2014 à 15:12

    il est magnifique cet article!!!

    3
    Jeudi 29 Mai 2014 à 17:47
    Delphine

    Un article avec une résonance particulière avec ce qui se passe en ce moment dans notre pays (et qui me rend bien triste et inquiète)... si seulement...

    4
    Jeudi 29 Mai 2014 à 18:04

    :) J'aime ton univers, j'aime tes articles et je t'adore!!! Tu es une belle personne!

    5
    Vendredi 30 Mai 2014 à 12:30
    Djahann

    Superbe article ! ça fait du bien de lire ce genre de choses par les temps qui courent ... Oui, il est encore possible de rassembler les gens de manière positive. Tout n'est pas mauvais ou tout bon chez les personnes.

    6
    Vendredi 30 Mai 2014 à 14:15
    Zelda

    Très bel article qui fait du bien !! Et c'est vrai que ça fait du bien de lire ça par les temps qui courent, comme on dit !

    Bises

    7
    Vendredi 30 Mai 2014 à 15:15
    MissBrownie

    J'avoue, parfois je ferme vite ma porte moi aussi ;) Parce que je ne sais pas parler de la pluie et du beau temps contrairement à mon mari. Pourtant, les voisins de notre mini impasse, je les connais tous.

    Pour les enfants qui viennent sans leurs parents, tout dépend de la taille de ton quartier, de l'âge des enfants, bref de pleins de critères car dans le clos où nous habitons, il se pourrait que mon grand de 10 ans aille y faire un tour avec ses copains du même âge, sans nous ;) Nous le laissons faire le tour du clos en vélo à partir du moment où il revient fréquemment se montrer à la fenêtre, pour que je sache qu'il aille bien. Par contre, il n'a pas le droit de sortir du clos.

    Dans le village de mes parents, ils se réunissent tous sur la place du village pour manger ensemble le soir du feu St Jean et cela ressemble à la fête des voisins de ton quartier :)

     

    8
    Mathilde
    Vendredi 30 Mai 2014 à 23:34

    Ca fait du bien de lire un article comme ça :)

    9
    Mol
    Dimanche 1er Juin 2014 à 00:46
    On y était...là, avec toi, en lisant ces quelques
    Lignes...

    Larmes aux yeux !
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