• Le temps pour soi ou la peau de chagrin

    S'il est une chose qui s'est réduite comme peau de chagrin depuis que j'ai des enfants, c'est bien le temps dont je dispose pour m'occuper de moi, rien que de moi.

     

    Le temps pour soi ou la peau de chagrin

    Photo : domaine public, pixabay

    Avant d'être mère, le temps pour moi, j'en usais et abusais. Étant trèèèèès peu maniaque côté rangement et ménage, ces deux activités n'étaient pas du tout en tête de mes priorités. J'adorais prendre du temps pour m'occuper de mes cheveux, de ma peau, prendre le temps de me maquiller, de faire du shopping, de me poser en mode cocooning avec un thé, un bouquin...

    Avec la naissance de mes adorables crapauds, ce temps a fondu comme neige au soleil. C'est bien normal, je savais qu'il en serait ainsi. Encore que, avec un seul bébé, c'est assez gérable : il faut réussir à profiter des siestes de temps en temps pour se poser au lieu de lancer une lessive. Depuis que nous avons deux enfants, c'est plus compliqué. Entre le grand qui ne fait plus de siestes à la maison depuis ses 2 ans, et qu'il faut donc occuper toute la journée, la petite qui a les poussées dentaires assez grognonnes, le panier à linge qui déborde deux fois plus, il n'y a pas beaucoup de place pour le cocooning au calme. En plus je suis devenue un peu plus exigeante avec le ménage, ce qui ne me libère pas de temps non plus.

    On a beau avoir voulu ses enfants et les aimer de tout son cœur, parfois, la fatigue psychologique est vraiment là. C'est usant d'avoir de la marmaille qui gigote et piaille dans le salon toute la journée. On est en alerte permanente. "Je ne l'entends plus, qu'est-ce qu'il est en train de faire comme bêtise ?"

    Ici, ça commence à 6 heures le matin depuis quelques semaines : le grand se réveille alors que je n'ai pas encore sorti un orteil de la couette, et la petite, réveillée par son frère, râle pour qu'on vienne la chercher dans son lit. Fini les réveils quand la maison dort encore, fini le petit plaisir de boire un petit café - certes à 6h30 - seule, dans le calme. La maison s'endort vers 20 heures, quand tout va bien, et là, enfin, les papa et maman que nous sommes se posent après 14 heures non stop.

    Il y aurait bien la table à débarrasser, la vaisselle à faire, les jouets à ranger, mais certains soirs, nous nous vautrons comme deux poulpes dans le canapé !

    Le temps que je pourrais vraiment consacrer à moi commence à 20 heures. Autant vous dire que m'occuper de mes cheveux, de ma peau, m'épiler, je n'en ai pas envie. Pour faire du shopping, euh, c'est un peu tard. Alors il reste ce thé que je prends après le dessert, pour me réchauffer et m'apaiser. Et puis parfois mon tricot, qui me vide la tête et me détend par sa gestuelle répétitive. Ou encore l'ordinateur, sur lequel je pose quelques mots, quand l'inspiration est là, pour alimenter cet espace, notamment.

    Douche chronométrée avec un schtroumph qui tambourine dans la porte de salle-de-bains, démaquillage express, coiffure à la va vite, séchage au naturel parce que le sèche-cheveux va réveiller les enfants et qu'un brushing est clairement beaucoup trop long à faire... Les tâches ménagères à caser entre tout cela, en soirée, le mercredi ou le week-end. Même si j'ai un homme moderne, qui m'aide... Je constate que je n'ai pas été particulièrement bienveillante envers moi-même, envers mon corps, ces deux dernières années. Mes yeux dont le contour est desséché et irrité, ma pilosité préhistorique, la sécheresse de ma peau au niveau des jambes et du ventre, où je n'ai pas mis de crème hydratante depuis des dizaines de jours, m'ont fait prendre conscience de l'état des dégâts.

    Pourtant, je voudrais bien m'occuper de moi. C'est facile de faire du sport deux fois par semaine quand on n'a pas d'enfants. C'est facile d'organiser une soirée. De se faire des masques, des gommages. De juger ces mamans pas maquillées, mal fagotées, devant les écoles maternelles.

    En réalité, ces mamans n'ont pas cinq minutes pour elles entre le saut du lit et 20 heures le soir. Et quand le calme revient dans la maison, elles sont fatiguées, déprimées par l'état de la maison qui a été retournée en dix secondes par des mini-monstres. Elle n'ont qu'une envie : dormir, pour ne pas voir leur tête de déterrée dans le miroir, ne plus voir le bordel perpétuel, et profiter de ces quelques heures de silence !

    Je ne sais pas comment font ces super-mamans des magazines, celles qui ont trois enfants, un mari en déplacement, une grande maison, et qui pourtant sont coquettes, vont courir, font de la muscu, des bons petits plats, des sorties en famille, des week-end à la mer. Je ne sais pas. Pour moi, ces femmes-là, qui nous renvoient dans la face le reflet de notre incompétence, qui ne servent qu'à nous complexer, ne peuvent pas exister. Publicité mensongère. Soit c'est Bagdad dans leur maison et elles ne le montrent pas, soit elles collent leurs gamins devant un DVD dans leur chambre 8 heures par jour, soit elles cachent des clandestins qui bossent pour elles dans leur cave. Je ne vois pas d'autre explication.

    Je ne serai jamais cette wonder-mum. A moins de gagner au Loto, à la limite, mais je ne joue pas...

    Pourtant, l'alarme a bel et bien retenti dans ma tête. Mon corps prend cher. Ma tête prend cher aussi, avec cette fatigue nerveuse invisible mais qui ronge un peu plus chaque jour mon quota de patience, d'optimisme et de sérénité. Mes enfants prennent cher, par ricochet, parce que je suis sèche, agressive parfois, excédée certains soirs, même si j'essaie de me rattraper avec des grosses doses de câlins. Mon couple aussi, prend cher. Parce qu'on vit nos journées côté à côté de façon mécanique en bons parents, et que n'ayant déjà pas le temps et l'énergie, le soir venu, de s'occuper de la femme et de l'homme que nous sommes, il est d'autant plus difficile de prendre le temps de se retrouver en tant qu'amants.

    Il est grand temps de faire quelque chose pour ralentir cette course folle. C'est décidé, je dois être plus bienveillante envers moi-même, envers mon couple, il le faut.

    Ce matin, alors que je reprochais à mon chéri de mettre la pression à Little J pour qu'il monte plus vite dans la voiture, il m'a dit : "C'est des conneries, ces histoires de rythmes des enfants. C'est la vie, qui est comme ça, qui est speed. On ne lui demande pas de suivre le rythme des parents, c'est le rythme de LA VIE".

    Eh bien non, je ne suis pas d'accord. J'étais même très en colère, sur le coup. Je ne veux pas imposer cette vie-là à mes enfants. J'en ai plus qu'assez de cette course contre la montre.

    Alors peut-être qu'il faudra faire des choix, prévoir moins de choses les week-ends, voir la famille moins souvent, décliner certaines invitations, mieux organiser les courses diverses. Peut-être qu'il faudra faire le point sur nos vies professionnelles pour mieux organiser tout cela. Peut-être qu'il faudra que j'essaie de me coucher plus tard aussi, si j'arrive à tenir le rythme côté fatigue, pour prendre du temps pour moi en soirée.

    C'est décidé, en tout cas, je vais me fixer de nouveaux objectifs, revoir mes priorités, et trouver tant que faire se peut, un moyen d'être moins dure avec moi-même.

    EDIT : j'ai écris cet article il y a quelques jours. J'ai failli le réécrire car j'avais l'impression de donner l'image d'une femme malheureuse alors que je ne le suis pas. Finalement, je l'ai laissé tel quel, parce que ces moments de ras-le-bol existent et que c'est aussi ça la vraie vie. Depuis, j'ai pris quelques "mesures" pour me retrouver un peu, je vous en parle bientôt !

    « PollyLe Trendy Châle »

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  • Commentaires

    1
    Lundi 23 Mars 2015 à 06:41

    Et tu as bien eu raison de laisser cet article comme ça, parce que oui, c'est ça aussi la vie de maman!

    Perso j'use beaucoup d'internet pour beaucoup de choses. Je ne mets plus les pieds dans un supermarché, et ça me fait gagner bien du temps. Aussi, en septembre, je me suis décidée à prendre une femme de ménage, qui vient à la maison 4h par quinzaine. Comme toi, je ne suis pas une grande adepte des tâches ménagères, mais avec 2 enfants on pourrait y passer tout son temps libre! C'est un petit budget (une centaine d'euros par moi sans les déductions fiscales) mais franchement ça me permet de respirer et d'être plus cool!

    Et dernière chose: une fois par mois, avec les copines, on se fait un petit resto, sans mec ni enfant! ça fait un bien fou! Il suffit de se caler une date (nous c'est le 2ème mercredi du mois par exemple), et nous sommes toutes ravies de nous retrouver!

    2
    Lundi 23 Mars 2015 à 11:05
    Maristochat Bellemam

    Tu as bien fait de laisser l'article ainsi car c'est comme cela qu'est la vraie vie!

    Nos enfants ont beau nous apporter énormément, nous avons tous des moments plus difficiles où nous aimerions une journée pour ne rien faire.

    Courage! Dans quelques années nous pleurerons car ils ne seront plus à la maison!

    3
    Lundi 23 Mars 2015 à 11:47

    Comme je comprends ce que tu dis, je ressens la même chose, mais comme tu dis je suis loin d'être malheureuse. Joli article ! 

    4
    Mardi 24 Mars 2015 à 10:42

    @ La vie en tisanie  : Ici aussi on est des adeptes du drive, je ne saurais plus m'en passer !

    @Maristochat : Ô oui, je savoure cette vie avec mes petits loups car je sais qu'ils grandissent déjà trop vite

    @Corinne : Merci :)

    5
    Mercredi 25 Mars 2015 à 12:57

    Qu'est ce que je me retrouve dans ce billet, pourtant je n'ai qu'un enfant et ne travaille pas (imagine comme je me sens mère indigne), mais la vérité c'est que nos enfants, on ne les rendrait pour rien au monde, mais ça change la vie, vraiment ! Rien n'est plus comme avant, ils réussissent à nous mettre sur les rotules en moins d'une matinée !

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