• Six semaines pour s'apprivoiser

    Cet article aurait pu s'intituler "Six semaines pour t'aimer". Mais mon cœur de maman s'est ravisé, car je t'aimais déjà, avant même de t'avoir dans mes bras.

    Pourtant, toi et moi, ça n'a pas été si évident.

    Six semaines pour s'apprivoiser

    Quand ton frère est né il y a presque deux ans, et qu'il a été arraché à moi pour être hospitalisé quatre semaines, la douleur a été terrible pour ton père et moi, le chamboulement émotionnel, inimaginable. J'ai cru que cette séparation brutale alors que je devenais maman pour la première fois avait amputé ce lien mère-enfant de quelque chose d'essentiel en nous empêchant de vivre ces premiers instants comme tout un chacun.

    Avec ton arrivée, j'ai compris que ce n'était pas si simple, que même lorsqu'une naissance se passait bien, le lien entre une maman et son bébé n'était pas pour autant plus fort ou plus immédiat. Et ce encore plus pour un deuxième enfant.

    Toi, ma petite hirondelle, tu es arrivée alors que depuis 20 mois, j'avais créé un lien très intense avec ton frère. Frère dont l'arrivée dans ce monde s'était faite dans le fracas, l'épreuve et la peur. J'ai compris a posteriori que le passage par la néonat avait peut-être décuplé la force du lien qui nous unit, ton crapaud de grand frère et moi. Un lien si intense en fait...

    Mon hirondelle. Tu es arrivée dans la sérénité, tu as fait notre printemps. Quand je t'ai vue, une jolie vague d'émotion a traversé tout mon être. J'aurais tellement aimé croiser le regard de ton papa à cet instant, mais le protocole du bloc opératoire ne permettait pas sa présence.

    Très vite, nous nous sommes retrouvées toutes les deux, en tête à tête, dans notre chambre de maternité, alors que ton papa devait gérer la garde du grand frère, son boulot, et toute la logistique qui entoure une naissance. J'ai alors été complètement déstabilisée d'être face à un petit être dont j'avais tout à apprendre.

    L'amour que j'éprouve pour ton frère s'est nourri des vingt mois passés à vivre ensemble. Et toi, tu étais là, me mettant face au précipice d'une table rase relationnelle, d'un lien à construire de zéro (ou presque, si l'on tient compte des neuf mois passés à projeter ce bébé qui remuait dans mon ventre). On dit que l'amour pour ses enfants ne se divise pas, qu'il se multiplie, et que le cœur d'une maman grandit à chaque naissance. On oublie seulement de préciser que ce n'est pas instantané.

    Alors oui, j'ai eu le blues de ne pas ressentir immédiatement un immense élan d'amour, alors que je t'avais auprès de moi, contrairement à ton frère lors de sa venue au monde. J'ai culpabilisé, beaucoup. Tout se passait le mieux du monde, et pourtant, j'étais mal. J'ai aussi eu le blues de me dire que je propulsais peut-être un peu trop vite mon premier bébé vers l'enfance en lui imposant une petite sœur.

    Au quatrième jour, notre vie à quatre a commencé à la maison. A la faveur d'un allaitement qui fonctionnait bien et de temps passé à te serrer contre moi, après six semaines, j'ai accueilli en mon cœur cet énorme élan d'amour que j'attendais tant.

    Six semaines pour me prendre en pleine face cette révélation que je t'aime du plus profond de mon être. 

    Six semaines pour te trouver incroyablement belle et être parcourue de frissons à la simple intensité de ton regard.

    Six semaines pour comprendre que les choses étaient allées aussi vite à ta naissance qu'elles furent longues pour celle de ton frère et que le tourbillon d'émotions était presque le même.

    Six semaines pour lâcher prise et m'autoriser à introduire quelques biberons, parce que non, l'allaitement n'est pas là pour réparer ma culpabilité des premières semaines ; parce que oui, j'ai le droit de prendre du temps pour moi et de passer le relais à ton papa.

    Six semaines pour gagner en sérénité et en confiance, comme si ç'avait été une première fois.

    Et puis, il y a quelques jours, comme si les tensions s'étaient envolées, comme si tu me remerciais d'être moins exigeante avec moi-même, tu m'as fait cette belle surprise de m'offrir tes premiers sourires.

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 25 Juin 2014 à 15:48

    Booouuuhhh mais tu me fais chialer là!!!  C'est trop beau ce que tu écris, j'en suis toute retournée! 

    Oh c'est beau! Quelle mère tu es! Que tu écris bien!

     

    Je suis heureuse de lire cette expérience car comme toi, j'ai construit un lien très fort et spécial avec mon fils néonat et je pense souvent à l'arrivée du deuxième même si l'envie n'est pas encore là.

     

    Merci, des bisous

    2
    Mercredi 25 Juin 2014 à 19:06
    Delphine

    Billet hyper émouvant. De mon côté, l'amour aussi a toujours été là, mais avec une telle peur (et débuts en néo nat aussi) qui font que c'est jour après jour aujourd'hui (à 1 an passé) que j'arrive à réaliser l'ampleur de mon amour pour ce petit bonhomme qui n'est déjà plus un bébé. Profite de cette sérénité retrouvée... et de tes 2 enfants !

    3
    Jeudi 26 Juin 2014 à 21:41

    Très beau billet, très émouvant. Je me pose souvent la question du second, j'en ai très envie, mais je ne me suis pas remise dans les démarches PMA. Je me demande souvent comment gérer l'arrivée d'un second enfant. Bises

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